Performance, Compétences et Rémunération : Décryptage d’une réforme à haut risque
C’est un CSE sous haute tension qui s’est tenu ce 27 novembre 2025. À l’ordre du jour : une refonte totale de votre système d’évaluation (ESP) et un bouleversement des règles de votre rémunération variable. Derrière un vocabulaire managérial lissant (« performance globale », « organisation performante »), la CFDT décrypte pour vous un projet qui risque de peser lourd sur votre quotidien et votre pouvoir d’achat dès 2026.
1. Le Nouvel ESP : Subjectivité et Complexité
La Direction souhaite tourner la page du système actuel pour introduire, dès l’exercice 2026, un nouveau formulaire et une nouvelle philosophie : la « Performance Globale ». Si l’objectif affiché est de « redonner du sens », la réalité opérationnelle semble bien plus complexe.
Une évaluation à trois têtes
Désormais, votre note finale ne dépendra plus uniquement de vos résultats. Elle sera la moyenne de trois piliers :
- La Maîtrise de poste : Vos compétences techniques (Hard skills) et comportementales (Soft skills).
- L’Atteinte des objectifs : Vos résultats sur les objectifs Métier, Collectif et Management.
- L’Engagement : Un nouveau critère qui évalue votre « posture », votre respect des règles et votre capacité à « aller au-delà » de votre fiche de poste.
La CFDT s’inquiète vivement de l’introduction du critère « Engagement ». Comment un manager pourra-t-il évaluer objectivement la « capacité à aller au-delà » sans tomber dans l’interprétation personnelle ? Ce critère risque de pénaliser les salariés qui font « juste » très bien leur travail, sans nécessairement faire du présentéisme ou du zèle. De plus, lier cet item subjectif à vos futures augmentations individuelles (AI) est une ligne rouge.
2. Rémunération Variable : L’EBITDA m’a tuer
C’est la mesure la plus critique de ce projet. La Direction modifie unilatéralement la structure de votre part variable (le bonus annuel). Jusqu’ici, votre prime dépendait de votre travail. Demain, elle dépendra à 50% de la santé financière du groupe.
La double peine économique
Le nouveau calcul est implacable :
- 50% de votre prime reste liée à vos objectifs individuels.
- 50% de votre prime est désormais conditionnée par l’atteinte de l’EBITDA (rentabilité) de l’entreprise.
Concrètement, cela agit comme un couperet. Même si vous vous êtes démené toute l’année, même si vous avez atteint 120% de vos objectifs personnels, si l’entreprise rate sa cible d’EBITDA (indicateur sur lequel vous n’avez aucune prise), la moitié de votre prime disparaît.
La CFDT dénonce cette logique financière. Les salariés ne décident ni des investissements hasardeux, ni des partenariats non rentables, ni de la conjoncture économique. Pourquoi devraient-ils en payer le prix fort sur leur part variable individuelle, alors que l’Intéressement et la Participation existent déjà pour cela ?
Le seuil de déclenchement à 50%
Autre mauvaise nouvelle : la grille de versement se durcit. Si vous atteignez moins de 50% de vos objectifs, vous toucherez 0€. Le versement ne commence qu’à partir de 50% d’atteinte, et seulement à hauteur de 30% du montant prévu. C’est une méthode punitive qui risque de démobiliser les équipes plutôt que de les inciter à la performance.
3. Pouvoir d’achat : Adieu la « Prime Vacances »
Dans ce paquet de mesures, la Direction a glissé une autre régression sociale : la suppression de l’acompte de part variable versé traditionnellement en juin.
Pour beaucoup d’entre vous, cet acompte constituait une trésorerie essentielle avant les congés d’été. La Direction justifie ce retrait par une volonté de « ne pas verser d’argent non encore gagné » et d’éviter un « acquis automatique ». Pour la CFDT, c’est une perte sèche de facilité de trésorerie pour les salariés, dans un contexte inflationniste où chaque euro compte.
4. Climat Social et Réorganisation : L’inquiétude grandit
Au-delà des chiffres et des grilles, ce CSE a été marqué par un climat lourd. La réorganisation en cours (projet Forward) génère de l’anxiété, notamment autour des suppressions de postes envisagées et de l’avenir des seniors dans l’entreprise.
Vos élus CFDT ont interpellé la Direction sur :
- L’absence de visibilité : Des fiches de postes sont modifiées ou supprimées sans que les solutions de reclassement ne soient clairement présentées.
- Le risque psychosocial : La rumeur et le flou organisationnel créent une souffrance au travail réelle.
- Le maintien dans l’emploi : Nous refusons que la quête de « performance » serve d’alibi pour écarter les salariés les plus expérimentés ou ceux dont le poste est redéfini.
La Riposte CFDT
Face à l’ampleur de ces changements et au manque de garanties, la CFDT a pris ses responsabilités lors de la séance :
- Vers une Expertise Indépendante ? Face au flou du projet, la CFDT envisage très sérieusement de soumettre au vote le déclenchement d’une expertise indépendante. Nous voulons comprendre les impacts réels de cette réorganisation sur les conditions de travail et l’emploi avant de rendre le moindre avis définitif.
- Refus de vote précipité : Nous avons refusé de rendre un avis sur l’ESP et la Part Variable tant que nous n’aurons pas obtenu une vision globale et des simulations chiffrées précises sur les pertes potentielles de rémunération.
- Exigence de reclassement : Nous avons exigé que chaque salarié dont le poste est menacé se voit proposer une solution de reclassement concrète avant toute publication de poste en externe.
Ce projet dessine une entreprise où la rémunération est plus aléatoire et l’évaluation plus subjective. La CFDT ne signera aucun chèque en blanc. Nous reviendrons vers vous très vite pour organiser la mobilisation si la Direction persiste dans cette voie.
